D'hiver, d'été,
désertique, désertée

Il m'arrivait parfois de claquer la porte et de partir dans les rues sans vraiment savoir où j'allais, avec juste en tête le sentiment profond de quitter une partie de moi-même, celle faite de brides et de boucles, de mors et de fers.
La ville se déployait devant moi en étoile, comme il en naît souvent lorsqu'un pas trop ferme fissure une plaque de glace trop fragile. Je marchais vite, le plus vite possible; et tout en moi, se nourrissait de cette vitesse apparente ; le regard, les gestes, les pensées, les rêves… Tout glissait, s'accélérait, tout semblait s'organiser en une énorme sphère, une sphère qui roulait, roulait à travers la ville, se précipitait le long des rues, le long des murs et des passants, un roulement que mon esprit amplifiait et survoltait sans cesse jusqu'à ce qu'il atteigne sa plus lointaine limite, jusqu'à la naissance de cette sensation étrange, dérangeante, poignante mais follement attirante, celle qui naît de se trouver soudain seul dans une ville désertée, vidée, abandonnée, avec des rues filant droit vers le néant, des bouts de port pétrifiés basculant dans la lumière trouble ; une ville peuplée d'absences et de passés perdus.
Ce n'était que parvenu dans ces lieux de solitude urbaine que je reprenais une apparence humaine. Là où, suivant le moment, se tenait l'hiver ou l'été ; en ces endroits où les saisons vivaient sans masque et laissaient s'exprimer leur folle férocité ; L'hiver, cliquetant de ses doigts osseux et de ses aiguilles d'acier, avec sa fausse douceur floconneuse, ses morsures de sang froid et ses clartés opaques qui vous crachent à la face ; l'été au poing fermé et lourd, balle jaune rebondissant dans la lumière moite ou tournant en rond comme dans une boîte.

 
L'ensemble de ces photographies ne fait pas l'objet de tirages numérotés.

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