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C'est cela le bonheur! Nager, jouer, plonger, batifoler. Des pirouettes, encore des pirouettes… S'éclabousser à grands coups de nageoires, faire voler en éclats le miroir de la surface, s'enivrer et pétiller de bulles. Puis soudain se surprendre, se laisser porter, dériver, les yeux mi-clos et immobile, toute force dissoute, avec en soi cette sensation troublante d'être bercé et dissocié lentement par la mer.
Longtemps je me suis trompé. Longtemps j'ai cru que ce bonheur naissait des retrouvailles entre les plongeurs et la surface, son air libre, sa lumière… Puis un jour, j'ai su. Les otaries m'ont convaincu. Rien de superficiel dans ces jeux à fleur d'eau. Ils sont heureux car ils viennent de là bas, du fond. C'est au fond de la mer qu'ils se ressourcent quand l'envie de se laisser sombrer les guette. Là se trouve leur berceau, leur nef, parmi les algues et leur tendresse, leurs caresses lentes. Là se trouve leur pays de joie profonde qu'eux seuls connaissent et savent distinguer. Depuis, à force de les observer et de recueillir en moi un peu de cette joie précieuse, j'ai compris bien plus. Les otaries sont pour nous des porte-bonheur, des porteurs de bonheur qu'un monde profond et aimant nous envoie, un monde auquel nous avons appartenu et qui ne nous a pas oubliés.